Poupées Gigognes

Publié par in Histoires, Océan

Le premier est argenté, le second, brun et le tout petit n’est que duvet. Ils sont trois assis en rond, délicatement enrobés du voile de l’instant derrière la vitre de ce café. L’homme argenté est légèrement vouté dans le même mouvement que celui du pinceau traçant un « c » majuscule. Il est beau, gris-blanc et confiant. Il écoute l’homme brun et ses yeux lui répondent bien avant que la voix brune ne se taise. Son bras droit enserre le troisième, dos duveteux calé contre ses côtes, assis sur sa cuisse, en biais, face à la vitre. Pas encore dans la conversation des grands. Le duvet est la réplique de l’homme brun, en minuscule. Son regard projeté à l’extérieur du café ricoche sur les silhouettes éclairées par les phares de la circulation. Il est un point d’interrogation appuyé contre la respiration paisible de son grand père. L’homme brun parle et parle encore. Ses questions sont impatientes, immédiates. Il veut savoir. Il faut qu’il sache. Il est penché vers son père, penché au point d’être quasiment perché sur la table ronde de ce café. « Alors, alors, alors ? » Ses mains, absentes de la table, sont collées sur ses genoux. Pas besoin d’élan pour réclamer et se confier. Il lui suffit de respirer l’espace de la présence de son père.