L’Antre

Publié par in Bleu électrique, Histoires

Je suis là et bien là.

Ma présence suffit à m’affirmer, à peser, parce que je me pose là. Le temps qui passe, la maturité et les hanches qui s’élargissent sont mes alliés innocents. Au début, je suis coincé entre le haut et le bas, sous deux mamelles et au-dessus du pouvoir – le pubis ou le pénis – au choix. Je prends mes aises dans cet entre-deux, je m’étale et je m’éclate. Parce que, moi, je m’en tape des uns comme des autres. Tous les blablas sur la matrice et sur « en avoir ou pas », je m’en fous. Je suis – moi – la puissance incarnée. Je suis au centre. Je suis le Ventre de Propriétaire.

Dès que je me dessine, proéminent, rond ou oblong, tout le monde sait que je suis propriétaire de tout : du corps que j’occupe, de ses secrétions et surtout de ses biens. Je suis à moi tout seul la caution, la cagnotte et la tirelire. On me respecte. J’exhibe la réussite, je la pointe et comme ça, j’ai toujours de la place dans les avions et surtout dans la vie. C’est moi que l’on voit en premier même ligoté sous une gaine. Je finis toujours par me la péter. Parfois, je me laisse bien voir au-dessus d’une ceinture lâche, histoire de dire que je peux en rajouter et m’élargir. Je suis la vitrine et j’assure les apparences. J’ai même la vulgarité arrogante. Mon périscope, c’est le nombril. Ça me fait marrer mais c’est comme ça que je garde l’œil ouvert, mine de rien.

Parce qu’il y a l’autre, celui qui bat, tac-tac, le Cœur. Le Cœur, c’est celui qui est planqué sous les mamelles et qui me serine que posséder, ce n’est pas aimer. Lui, le Cœur, je crache sur ses échecs, ses déceptions et ses souvenirs flous d’une caresse ou d’un baiser. Je lui ris au nez et à la barbe. Il n’y a que moi qui suis reconnu. Lui, il est obligé de garder pour lui ses histoires de Cœur. Tout doit rester sous son tapis, planqué, dans la chaleur de l’amour. Il me chuchote en ricanant si je sais ce que c’est que d’avoir du Cœur. J’en veux pas de cet avoir-là. Moi, je me méfie du Cœur, toujours. Il est capable de me faire un enfant dans le dos. Il bat et il s’emballe, il rit à gorge déployée, il aime et il est aimé. Alors, le Cœur, il tourne la tête du proprio, comme ça, d’un coup. Et vlan, le Propriétaire, le crétin, vend tout, et moi, je rétrécis comme une peau de chagrin sous le diktat d’un régime sans graisses.

Aimer peut me tuer, et le Cœur m’assassine, froidement, sans se battre, même pas face à face, juste comme ça.